Rencontrer
Tra Noi est de nouveau dans l’avion pour rentrer à la maison. Sous nos pieds se trouve l’île de la Corse, où nous avons ces derniers jours pleinement savouré « Les XXè Rencontres de chants polyphoniques ». Nous rentrons avec le goût qu’un au revoir apporte mais surtout rassasiés par la musique qui reste dans nos têtes.
Les rencontres furent particulières sur plusieurs points. Peut-être que la musique aurait été moins impressionnante si nous ne l’avions pas partagée comme nous l’avons fait avec les centaines de passionnés de musique et de polyphonie. La chaleur ne provient pas seulement du soleil mais d’avantage encore de l’ambiance, de l’enthousiasme, des salutations et surtout de la superbe musique. La citadelle de Calvi est le lieu où nous avons passé, chaque jour, nos après-midis après 16 heures. La montée nous porte jusqu’à la Place d’Armes, la place au cœur de la citadelle. L’expectative bourdonne dans l’air et l’attente dans les files est plus un plaisir qu’un insurmontable obstacle si tu veux être placé au premier rang. L’accueil pour les 8 concerts auxquels nous avons assisté fut invariablement chaleureux. Les hôtesses étaient enchantées et habituées à diriger des centaines de visiteurs. Pas une seule fois nous avons vu des traces de fatigue qui devait être surement présente. Nous étions les bienvenus.
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Mercredi
L’oratoire : Les 2 chanteurs de Chants de Bretagne et d’Occitanie savent nous surprendre. Les voix représentent les sons de Bretagne et d’Occitanie. Malgré les différences, ils ont réussi à faire écouter une musique qui étonne, taquine et qui en même temps laisse dessiner un sourire sur nos visages. La personnalité des 2 duos y est surement pour beaucoup. Nous quittons la salle avec le sentiment que cette musique doit trouver son chemin. Les visages des chanteurs restent tout autant que leur superbe chant et leur humour qui a facilement trouvé sa place dans cette musique.
Plus tard dans la soirée, nous faisons la queue devant la cathédrale comme beaucoup d’autres. « Les voix de Géorgie », une petite voix dans notre tête nous dit que nous les apprécierons. Connaissant l’amour qu’A Filetta porte à la Géorgie, et sachant qu’il porte ce groupe haut dans son cœur nous sommes curieux de les entendre. La guerre qui déchire la patrie de ces 9 neufs chanteurs ne nous lâche pas. Quels sentiments doivent-ils avoir pendant qu’ils chantent ici. Leurs cœurs sont probablement là-bas, mais cela rend leur musique plus jolie encore ou est-ce du à la qualité ? Nous y pensions encore alors qu’A Filetta chante « 1901 ». Après « Paster Noster », « Scherzi Veranilli » et un parfait « Sumiglia » nous sommes prêts pour « Les voix de Géorgie ».
L’introduction des Géorgiens que Jean-Claude fait est lourde d’émotions. Le respect et l’amour qui leur est porté se lisent sur son visage expressif.
Dès que les hommes apparaissent sur le podium, nous savons que ce sera bon. De ces hommes rayonnent leur force, et ils n’ont pas encore chanté une seule note. Quelque fois on veut raconter comment c’était d’y assister mais dans ce cas on n’y arrive pas. Les Géorgiens ont conquis nos cœurs et nous font réfléchir à notre force, à notre perte, à la volonté de persévérer et à sourire dans les temps difficiles. Les voix trouvent aisément leurs places et laissent entendre des chants traditionnels puissants, un duel avec humour, mais aussi des murmures vocaux qui nous ramènent au silence. « L’anniversariu di Minetta », composé par Tavagna et donné à A Filetta, que nous connaissons de l’album « Intantu ». L’adaptation qu’en on fait les Géorgiens nous émeut. Si le monde chantait comme ils le font, il y aurait la paix partout. Nous en prenons exemple.
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Jeudi
Le deuxième jour est le jour où nous faisons connaissance avec une autre polyphonie Corse. « Tavagna » se sent à l’aise dans la cathédrale. Ils se sont probablement souvent produits ici depuis les 20 ans qu’ils existent. Cela se voit dans la manière décontractée avec laquelle ils se déplacent sur le podium et par la manière non verbale avec laquelle ils communiquent entre eux. Les hommes changent de place tour à tour. De cette façon, nous pouvons voir comment un chant prend sa forme. Le groupe rayonne de plaisir et interprète des chants traditionnels Corses avec l’amour qu’ils portent à leur île natale. C’est beau sans être parfait et c’est justement ce dernier élément qui fait que la musique vit et qu’elle a du caractère. Nous restons attentifs jusqu’à la fin, une rencontre enchantée.
Une fois dehors Tavagna chante quelques Paghjellas à la buvette renforcé par des membres d’A Filetta.
Nous sommes très ému de voir le fils de Jean-Luc, dans les bras de son père, sa main contre son oreille et dans un moment de silence nous pouvons percevoir sa voix haute accompagnant Tavagna et A Filetta. La prochaine génération de polyphonie est en approche.
Nous mangeons notre énième sandwich chaud sur les escaliers en pierre. En bonne compagnie, avec nos amis Français et Allemands fans d’A Filetta. La nuit est tombée et c’est l’heure du deuxième concert pour ce jour. Les coussins que nous avons amenés, suite à un conseil reçu sur le site internet Corsica Prikbord, vont nous être d’une grande utilité. Nous assisterons donc dans la cathédrale au concert de « Doulce mémoire ». Un groupe d’une douzaine de personnes, composé de flutistes et de chanteurs, nous fera écouter de la musique du temps de la Renaissance. Une introduction du même genre de musique est interprété par une confrérie de Calvi, il nous faut déjà nous habituer à la conception de cette musique. A Filetta interpéte « Rex » et « Benedictus », ces 2 chants collent à ce que nous venons d’entendre et à ce quoi nous allons assister. Le temps est pris pour aménager le podium avant la venue du groupe « Doulce mémoire ». Il y a 10 bougies, des pupitres avec lampes pour les musiciens, en bref cela promet. L’annonce faite par Jean-Claude Acquaviva est très claire. Nous ne devons rien faire, pas même applaudir entre les morceaux. A propos du dernier, Tra Noi n’y voit aucune objection, bien au contraire.
L’ambiance devient de plus en plus austère, et le silence est à couper au couteau alors que les musiciens et chanteurs se préparent pour « l’office des ténèbres ». La musique ressemble à une lourde mais agréable couverture. La perfection est audible dans le rayonnement de Doulce Mémoire. Il y a des rituels, les bougies sont allumées et seront éteintes à l’approche de la fin du concert. La cérémonie est longue et à un certain moment il nous faut bouger sur les bancs. Quelques uns n’en peuvent plus et quittent la cathédrale. Nous avons le sentiment que nous sommes transportés dans le temps où ces rituels avaient beaucoup d’importance pour les paroissiens. La seule imperfection que nous avons pu déceler est un sourire, un bref instant, mais cela nous ramena à Calvi 2008. Passion, perfectionnisme, professionnalité, talent et un amour incontestable pour la musique de la Renaissance sont pour nous les clés de ce concert.
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Vendredi
« La mal coiffée » est à l’Oratoire. C’est tout de suite très chaleureux. Les fenêtres claquent quelque peu, dehors il y a un vent fort et nous sentons quelques gouttes. Mais le soleil rayonne lorsque les 6 chanteuses de « la mal coiffée » font leur apparition. De jolies figures dans des robes ensoleillées, des femmes de caractère à qui il ne faut pas en compter, on peut le voir tout de suite. Elles désarment tout le monde sans être vulgaires et il y a une sorte d’ambiance joueuse qui nous ravit. Nous nous assoyons confortablement. Marie était comédienne et d’après nous elle l’est toujours. Nous rigolons du fond du cœur lorsqu’elles introduisent leur musique. En conclusion, elles rayonnent lorsqu’elles chantent. La polyphonie et les femmes vont bien ensemble. Les sons des gorges nous fait un peu penser aux « voix Bulgares » et une nouvelle fois nous sommes impressionnés par les voix qui, sans efforts, s’accordent entre elles. Est-ce beau dans le sens de sensible ? Peut-être, ça touche une autre place. Une place que nous oublions parfois, la force guérissante de l’humour conjugué à la musique. Il y a du rythme et nous nous demandons comment ce serait que d’entendre ces dames, dehors, sur le podium. Nous croyons que nous ne pourrions pas rester tranquilles. Les instruments qu’elles utilisent sont dignes de leur personnalité. Les mimiques font le reste. Musique enchantée qui nous ravit, il va de soit que la pile de CD à vendre diminue à vue d’œil à l’occasion de la sortie du concert.
Le temps est mauvais. Ce soir le grand podium sera enfin occupé par A Filetta et « Danyel Waro ». L’inquiétude se lit sur les visages des organisateurs des « Rencontres ». Il y a énormément de vent et on l’entend retentir dans les grands haut-parleurs alors qu’une averse approche. Si l’on regarde en direction des montagnes, nous pouvons voir de gros nuages gris foncés qui s’accumulent et qui cachent les sommets.
Une décision est prise, le concert sera « partagé ». La cathédrale et l’oratoire remplaceront le podium. Déçus, nous ne pouvons qu’accepter la décision. Les techniciens du son se mettent en quatre pour nous donner une soirée inoubliable et nous avons beaucoup d’admiration pour eux. Obéissants, nous attendons de voir ce qui va se passer. Peu avant que le concert ne commence, nous voyons comment les microphones, parfaitement préparés, sont enlevés et la rumeur s’élève.
La parole délivrante est prononcée. Il ne pleut plus et le vent est tombé. Le concert aura quand même lieu dehors.
Les lumières projettent des ombres enchantées sur les hauts murs blancs. Sous les lampes bleues il semblerait que l’on ait planté un arbre magique spécialement pour cette occasion. La place et les escaliers sont complets. Nous ne savons pas à quoi nous attendre. Voilà des sons de percussion. Danyel Waro et 3 percussionnistes marchent devant nous pour rejoindre le podium et à partir de ce moment il est évident que nous allons passer une soirée incroyable. Nous ne comprenons pas encore ce qu’A Filetta a en tête avec cette oiseau paradisiaque. Danyel rayonne d’entêtement. Son attitude, ses cheveux, ses mouvements nous captivent. Voilà sa voix qui retentit. Crue, murie mais aussi claire que l’eau de la baie qui se trouve à nos pieds.
A Filetta pénètre sur le podium. Les sons de la « Paghjella di l’Implicati »remplissent la citadelle. Nous connaissons les textes et la tête inclinée nous écoutons. Danyel à une histoire à raconter. Sa voix est comme une baguette magique qui projette la souffrance, la sensibilité et la joie de vivre. Il est impossible de décrire cette voix sur le papier que par sagesse, sensible et la vie. Cette collaboration originale est un succès.
Le public se met en mouvement et une poignée de personnes dansent extravagamment devant le podium. Nous savourons cette facette d’A Filetta. L’ambiance devient exubérante et alors que Maxime se dévoile être un percussionniste hors pair nous dansons encore. Le temps passe et la fin du concert a déjà été repoussée 4 fois. Avec une version Corse de « Tête, épaules, genoux et doigts de pieds » Danyel dévoile ses talents d’improvisateur. Il chante à propos d’aller dormir, fin du concert et d’accords avec la police. En bref, cela doit s’achever, hélas. Encore une fois ?
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Samedi
Encore une fois ! C’est ce à quoi nous pensons après avoir regardé toutes les photos de vendredi soir. Quand nous regardons les nuages de ce samedi matin nous pensons que ce soir cela pourra se finir autrement. C’est évident qu’il y a de la pluie à venir et tout ce que nous espérons c’est que ça tombe avant 21h30, l’heure de la finale. Notre première terrasse ensemble. Nous sommes dans le port en par 3 fois des rafales de vent ont fait tomber les verres des tables. Nous savons que la décision a été prise, celle du final que nous n’avions pas espéré.
Mais ! A 18.00 nous nous rendons à l’oratoire et écoutons « Nørn ». Les « Nornes » voltigent comme des papillons en prenant place sur le podium. Elles sont le symbole du passé, du présent et du futur. Nous assistons à la reproduction d’une mythologie Scandinave dans un chant mystique. Les robes (propres créations) représentent la couleur du fond des mers. Le passé et le futur nous racontent des histoires. Les chanteuses se meuvent sur le podium et se fixent, indépendamment les unes des autres, sur le public sans pour autant troubler l’union de leurs voix.
Aussitôt l’un d’entre nous fait une association avec Kate Bush. La superbe harmonie du spectacle et du chant font que l’oratoire devient pratiquement un théâtre.
Nous devons choisir. Après 3 soirées où nous avons eu de la superbe musique nous sommes dubitatifs. Choisissons nous la cathédrale ou l’oratoire ? Il semblerait évident de choisir la cathédrale mais ce n’est pas si facile que ça. Le confort y est moindre mais cela ne doit pas être une raison. L’acoustique alors ? Nous n’arrivons pas à trancher et demandons conseil à quelqu’un de l’organisation. Ce sera l’oratoire. La musique va être partagée. Imaginez un peu. Le point technique a été rudement mis à l’épreuve hier mais cette fois-ci c’est pour de bon. Ici, dans cette place intime, entre-temps devenue confiante se déroulera une partie du final. Les chanteurs et les musiciens se produiront tour à tour à la cathédrale et à l’oratoire. Tout le public doit recevoir autant l’un que l’autre. Par ailleurs, le son, les lumières et l’espace sur le podium doivent être suffisants pour les Géorgiens, Gabriel Yacoub et son quatuor et Daniele di Bonaventura.
« Gabriel Yacoub »prend place sur le podium avec sa guitare. Depuis notre place, nous avons déjà remarqué la vielle. Un instrument marquant que nous n’avions encore pas entendu. « Gilles Chabenat » en jouera. Un quatuor à vents s’installe derrière Gabriel, ainsi qu’un pianiste/bassiste derrière le piano. Voilà Gabriel qui commence à chanter. La musique fait penser à celle de chansonniers Français et pourtant elle est différente. Gabriel Yacoub a une voix douce et le public si proche savoure ce moment de calme. Peut-être cela vient il de la note personnelle qui retentit dans les textes qu’il a écrit lui-même. Qu’est-ce que cela aurait donné dehors ? Nous ne le savons pas. Ce que nous savons c’est que l’oratoire se prête très bien à cet ensemble.
Très rapidement le podium est aménagé pour laisser place à « Daniele di Bonaventura ». A partir du moment où il s’installe sur sa chaise son visage se transforme. Il semble ne plus être parmi nous quand il joue. Pourtant les sons et le bruit des doigts sur les touches du Bandonéon nous entraînent. L’ambiance que cette musique apporte est quelque peu relâchée, nous repensons à la fête d’hier soir. Le vent s’engouffre par les fenêtres ouvertes, quelques unes claquent , une fenêtre est fermée. Entre temps dehors, il fait nuit. Nous ne savons pas trop à quoi nous allons encore assister. Daniele termine, se lève et quitte sa place.
A Filetta chante. Ils sont venus depuis la cathédrale à l’oratoire pour se produire devant nous. Nous savourons grandement ce moment, c’est la dernière soirée et il va nous falloir attendre pour les voir de nouveau en concert. Espérant que nous les entendrons à nouveau ce soir, nous attendons de voir ce qui va se passer alors qu’ils quittent le podium.
Danyel Waro entre et les applaudissements ont un air de fête. Pratiquement tous ceux qui sont dans le public l’ont vu hier soir. Mais aujourd’hui c’est différent. En raison du podium dont l’espace ne représente qu’un dixième de celui d’hier ? L’oiseau du paradis est soudainement venu voler tout près. Son chant, ses percussions, ses mouvements tournoyants… Il nous est impossible de rester sans mouvements sur notre chaise. La différence c’est que nous voyons les traits de son visage. Apparemment tellement étrange, il est évident que cet homme sauvage sait de quoi il parle. Les grimaces de Danyel Waro complètent le puzzle.
Nous allons finir avec « les voix de Géorgie ». Ce soir aussi, les rappels se suivent les uns après les autres, c’est possible, parce qu’il n’y plus d’autres artistes après eux. C’est la dernière chose que nous entendons et il est temps de laisser reposer toutes les impressions. Et il y en a beaucoup.
Rencontres. Après y avoir assisté, nous n’oserions jamais penser à un autre nom pour ce festival. Nous sommes fatigués mais rassasiés, nous avons assisté à 8 concerts en 4 jours dans une atmosphère proche de celle d’un rêve. Dimanche, le taxi nous conduit à l’aéroport sous la pluie. Les 37 degrés du jour de notre arrivée ne sont plus qu’un souvenir. C’est bien comme ça. Nous saluons la Corse depuis le ciel, à l’année prochaine !
Tra Noi © Christina Kremer 2008
Rencontres de Chants Polyphoniques
Une petite impression du surprenant concert de Danyel Waro et d'A Filetta.
12-09-2008 ©SuzanLohez
A Filetta complètement déchaîné avec Danyel et ses musiciens!
Les remparts de la citadelle tremblent. J'en veux voir d’avantage, CLIQUE!
12-09-2008 ©GraziellaGiannecchini
Site internet de ce chanteur Occitan.
Site internet de ce chanteur Breton.
Page Mondomix sur ce chœur polyphonique Géorgiens.
Site de ce groupe polyphonique Corse (20 ans d'existence).
Page Myspace de ces 6 chanteuses Occitanes.
Site de ce trio qui chante dans sa propre langue.
Site de ce chanteur/compositeur.
Site de ce joueur de vielle qui accompagne GabrielYacoub.
Les photos des Rencontres 2008