Compte-rendu - Festival Sfinks 2008
Quand les anges descendent sur terre

«Ce sera dur» me glisse Jean-Claude Acquaviva en marchant en direction du chapiteau où lui et les six autres chanteurs d'A Filetta se produiront. Cette scène se passe au festival Sfinks, près d'Anvers et cela n'est pas exactement les meilleures conditions pour un genre de musique qui date du onzième siècle : la polyphonie.
«Effectivement ce n'est pas une église» dis-je en blaguant, «où sont les clowns ?»
Jean-Claude est levé depuis quatre heures ce matin et il rit comme quelqu'un qui a une rage de dents.

Une heure plus tard. Un public d'environ un millier de personnes prend place dans le chapiteau quand les sept Corses, vêtus de noir, pénètrent sur le podium. Les échos d'autres musiciens et le brouhaha des festivaliers forment une irritante toile. Mais Jean-Claude sort de la poche de sa chemise un diapason et il le cogne contre sa pommette, après quoi son visage entreprend une remarquable transformation. Est-ce une grimace due à la douleur, ou à la passion ? Aussitôt les sept hommes commencent à chanter. Cela ressemble à des gémissements, on peut y reconnaître des gens Géorgiens, mais aussi des influences arabiques. Plus que tout c'est superbement envoûtant. Ma gorge se noue et si je regarde autour de moi, c'est la même chose pour les autres spectateurs.

Les échos, le brouhaha sont toujours audibles mais au gré de la représentation le chapiteau prend une autre dimension, où d'autres règles prennent place. Le public, les chanteurs eux-mêmes, personne n'entend plus le bruit en arrière plan. Il n'y a que les sept voix d'A Filetta qui donnent le ton. Entre les chants le public réagit par de nouvelles avalanches d'applaudissements. Devant moi, un homme s'étend sur le dos, et ferme les yeux tout en savourant. A côté de moi, je vois des larmes couler sur les joues d'une femme. Et moi ? Je constate que ma bouche reste régulièrement ouverte, et que j'ai la chair de poule

Le chant final. Les sept voix s'estompent jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un murmure audible. A ce moment là, j'en suis sûr : il y a des anges qui sont descendus sur terre. Reconnaissant, le public manifeste son enthousiasme. Tout aussi reconnaissant Jean-Claude et les siens reçoivent l'ovation des spectateurs.

A la fin du concert, je demande à Jean-Claude «Et alors, cela a été dur ?»
Il sourit largement. «Au début oui» admet-il, «mais il s'est alors passé quelque chose»
«Tu as raison» lui dis-je, «le ciel s'est entrouvert»


© Ep Meijer 2008


















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A Filetta - Sfinks Festival