Compte-rendu - avril 2010 Hasselt
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Concert donné par A Filetta au théâtre d´Hasselt (Belgique) le 2 avril 2010.

La chair de poule reste.

C´était il y a une vingtaine d´années passées, j´allume la radio, une station Belge, et je ne sais pas ce que j´entends. Ce sont des hommes qui chantent, a capella, des voix qui se succèdent et qui s´entremêlent. Cela à un soupçon de chants monastiques moyenâgeux, mais pas complètement et on ne peut pas le décrire non plus comme une musique Arabe. C´est très court, apparemment je tombe sur le dernier morceau. Y en a t´il davantage encore ? Non, la présentatrice prend la parole. J´ai juste le temps de gribouiller sur un petit morceau de papier : « polyphonie Corse ».
Pas très longtemps après, je suis chez un ami, un amateur de musique folklorique. Il dit : « maintenant, je vais te faire écouter quelque chose…! ». J´écoute, prend un visage comme si cela est normal et dit, c´est de la polyphonie Corse. Il est naturellement perplexe, comment pouvais-je le savoir. Mais entre temps j´étais mordu par la polyphonie Corse. Le premier CD que j´ai acheté fut Ab Eternu d´A Filetta. Je dois dire ici avoué honnêtement qu´à ce moment je ne savais pas si Ab Eternu était le nom du CD ou du groupe.

Bon, c´était autrefois. Aujourd´hui, après tant d´années et une quarantaine de CD de musique Corse plus tard, A Filetta, dans son genre, reste pour moi le top-ensemble. Ecouter l´une de leurs musiques est un régal. Un concert, comme celui d´Hasselt, est une expérience par laquelle je suis touché au cœur via mes oreilles. Le lecteur comprend entre temps que l´auteur est impartial.
Le premier concert d´A Filetta, auquel j´ai assisté, fut en 2006 en Corse, à Calvi. C´était le projet Médée. Tout le concert, tendu par le suspense, au milieu d´un public muet tel un silence de mort. Pas d´applaudissements entre chaque morceau, mais un public concentré qui regarde aussi. Quand les applaudissements retentissent on se réveille ayant l´impression de revenir d´un autre monde. Pour ce qui est de regarder, il y a quelque chose à voir avec les sept chanteurs qui, comme aujourd´hui à Hasselt, sont disposés épaule contre épaule dans un demi-cercle, portant généralement des chants à teinte religieuse ? La réponse est : effectivement. Jean-Claude Acquaviva est tel une source entraînante et inspirante. Il fait en sorte que sa gestuelle et ses mimiques soient constamment vraies. Le chant Corse est hautement chargé d´émotion. J´entends complaintes, cris de joies, pleurs. Tout cela se lit sur l´attitude, les expressions visuelles, la gestuelle des bras, des mains et des doigts de Jean-Claude Acquaviva. Le groupe est apparemment entraîné naturellement, le timing est parfait.
Les signaux sont retransmis d´homme à homme, un bras est passé sur le dos du voisin, cela renforce davantage la solidarité. J´imagine que des questions de tempo, rythme, volume sont ainsi traitées. Je ferme les yeux et me concentre seulement sur la musique, et j´entends alors un chant que l´on peut qualifier de virtuose. Mais j´entends bien que cette virtuosité n´a pu être formée que par de longues années d´expérience, qui ne sont pas au détriment du véritable message. Pour moi, ce message n´est pas seulement le texte mais l´impression qu´il est contenu dans cette enveloppe.

D´après tous les ensembles Corses que je connaisse, c´est justement A Filetta qui est le plus en mesure d´utiliser la voix humaine de cette façon, que l´émotion touche le public qui écoute. A Hasselt toute la variété de fort, de doux, de rapide et de lent est passée en revue. Variation, aussi dans l´occupation des places, de temps à autre un ou plusieurs chanteurs de l´ensemble se retire. Certains passages sont chantés si doucement que je ne peux les décrire que par les termes frêle et fragile. Les tons sont très souvent rallongés. Pour moi, un signe distinctif du son A Filetta. Il semble que personne ne bouge dans la salle et que chacun retienne son souffle. Il n´y a plus rien, que la musique et moi.
J´entends le solo de Jean-Luc Geronimi. Sa voix me fait penser à la gestuelle du vol d´un papillon. C´est aussi le son que j´associe avec tendresse, fragilité. Avec le concert de ce soir, je ressens de nouveau à quel point ce groupe sait faire vivre et rendre intéressante la tradition folklorique alors qu´elle tombe souvent dans l´oubli. Alors que de nouvelles compositions et nouveaux arrangements n´entachent pas cette tradition.

Eh, et oui, puisque nous étions aujourd´hui en Belgique, la prochaine soirée sera le concert suivant de Turnhout. Un peu trop de la même chose? Non, pas du tout, savourons deux fois!

Vous n´avez pas encore assisté à un concert d´A Filetta ? Soyez prévenu, cela peut avoir un effet dépendance !

Nieuw- en Sint Joosland, 4 avril 2010
©Frans Dingemanse


PS: Je peux choisir un chant pour le site internet. Bien, c´était Vendredi Saint, donc ma femme et moi espérions entendre  U lamentu di Ghjesu et peut-être bien chanté par Jean-Luc. Ce ne fut pas le cas. Voilà pourquoi cette requête. Et si Jean-Claude le chante c´est bien sur aussi bien.














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A Filetta in Turnhout 3 april 2010 - foto©SuzanLOHEZ