Compte-rendu - Apocrifu
mai 2011 Brighton Engeland
Apocrifu

A dire la vérité, nous avions acheté les billets pour Apocrifu uniquement parce que il y aurait A Filetta, pourtant une raison qui suffisait largement, et nous étions très contents aussi de participer au Brighton Festival avec son directeur invité Aung San Suu Kyi. Ce que nous découvrions en regardant le déroulement d’Apocrifu était toutefois un mélange artistique très riche et bien au-delà de  ce que nous pensions..

On avait  pensé évidemment  à la danse moderne accompagné de la musique d’A Filetta. On connaissait déjà le style perturbant et émouvant d’A Filetta et la chorégraphie innovatrice de Sidi Larbi Cherkaoui et son message puissant ne nous surprenaient guère. Mais le style de danse distinctif de Cherkaoui et ses compagnons Dimitri Jourde et Yasuyoki Shuto fut à la fois non conventionnel et étrangement familier, et nous attira inexorablement vers l’action du spectacle.

Mais ce n’était pas tout. Ce n’était pas que de la musique avec de la danse, il y avait du théâtre aussi. Et ce n’était pas seulement dans l’usage des accessoires (des livres figurant comme des marches, des menaces et des murs), mais aussi la communication parlée qui nous racontait des petites histoires et qui nous faisait rire. Et ces danseurs habiles n’étaient pas seulement des acteurs et des comédiens, mais aussi des superbes marionnettistes, qui travaillaient avec leurs copains en bois avec la même aisance qu’avec leurs propres corps.

La fusion et la mélange extraordinaires de différentes formes d’expression artistique incorporaient A Filetta également. La danse assez souvent n’emploie la musique que comme fond musical, comme accompagnement, comme système de support. Dans Apocrifu, au contraire, A Filetta joue un tout autre rôle. Les chanteurs font partie intégrante du spectacle, sont chorégraphiés eux aussi, sont visiblement concernés, les sept hommes chantant et bougeant ensemble comme individuellement, participant à la danse, contribuant au drame. Leur présence entière – visuellement comme auditivement –  est combinée avec celle des trois danseurs afin de créer une entité artistique étonnante.

Le spectacle entier était d’une telle profondeur que je n’ai probablement vue et appréciée qu’une toute petite fraction de ce qui se passait sur scène. Il faudra voir Apocrifu encore une fois – et encore et encore.
©Helen Neve 2011














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october 2009 Antwerp Belgium

Depuis le moment où j’ai entendu les premiers sons et vu un danseur sur l’escalier j’ai oublié de respirer, c’était comme si j’étais seul.
Je savais que la représentation serait intense (en lisant le compte-rendu d’Ep sur notre site), mais ce que j’ai vu a dépassé mes attentes. Je fus totalement impressionné par le mouvement des danseurs, impressionnants de souplesse et de vitesse.

Jamais auparavant je n’avais vu la force “du livre”, si expressif, le livre pour accéder à l’autre, comme arme, comme une ‘stepping-stone’.
Le jeu de mains des danseurs avec les livres fut absolument sublime, je suivais les mains et fus subjugué de voir que chaque danseur finit par retrouver son propre livre.

Pendant toute la représentation j’ai vu beaucoup de symboles, il y eut  très peu  de paroles mais il fut beaucoup dit.

J’eus des frissons lorsque l’un des danseurs fut banni par les autres, ce sentiment fut renforcé par la monodie de Jean-Luc et tout de suite enchaîné par Benedictus ensemble avec les autres voix d’A Filetta.
Les chants d’A Filetta prolongent l’émotion de ce que je vis sur le podium.

Il se passe tellement de choses sur scène que j’ai eu peu de temps pour regarder A Filetta, mais je n’ai pas manqué une seule note.

L’atmosphère devient de plus en plus furieuse, intense et lorsque le dernier danseur se déplace avec de plus en plus de difficultés le chant devient plus intensif.
La toute dernière image me coupe le souffle, et d’un seul coup je me rends compte que je ne suis pas seul, on entend un soupir dans toute la salle.

Apocrifu, les mots non prononcés qui raisonneront longtemps.


©Laurent Lohez octobre 2009


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november 2008 Düsseldorf Allemagne

Apocryphe

Les mots. Tu peux les lire, tu peux les avaler. Tu peux en faire des jeux, tu peux te mettre en guerre pour eux. Les mots peuvent être seuls ou avoir beaucoup de signification. Tu peux les plaquer quelque part, tu peux les jeter et tu peux les prendre à contrepied . Le dernier cas est évoqué par le chorégraphe  Sidi Larbi Cherkaoui avec sa représentation  Apocrifu, littéralement.

Il est vingt-trois heures moins cinq, un samedi pluvieux, dans un théâtre bâti sur le lieu d´une ancienne remise de tramways de Düsseldorf. Enfin, les rideaux s´ouvrent. Sur l´estrade sept chanteurs, trois danseurs, une poupée et des livres, beaucoup de livres.

Définition d´Apocryphe : C´est un terme repris par un certains nombres de livres qui nous considéraient comme des éléments de la Bible, mais qui n’étaient pas authentifiés par les canons de la Bible. Il existe aussi une connotation toute simple. Le mot Apocrief est issu du Grec « apokruphos » qui signifie : secret, caché.

Sur les planches se déroule un combat fougueux pour la vérité (cachée). Les danseurs se roulent dans la poussière, ils tourbillonnent dans la sueur pour pouvoir entrer ensemble en contact. Ils cabriolent, ils tapent des pieds en rythme, ils se battent pour leur égalité. Ils ne peuvent pas s´entendre. Bien sur que non. Les livres, qui au début formait un sentier vers l´autre, sont utilisés comme projectiles. Fragile est celui qui dit la vérité, même s´il est de bois. Là, le sabre se met en action. Les livres sont transpercés. Tous ceux qui ont une opinion doivent mourir. L´épée est-elle plus forte que la plume ?

Applaudissements.

Attendez, l´histoire n´est pas encore finie. Nous avons oublié les bruits qui l´accompagnent. Sans pitié les oreilles enregistrent les coups que les danseurs portent avec leurs pieds, mais aussi parfois avec leurs genoux qui retombent lourdement sur le sol. Mais surtout on entend les clochettes pendues à leurs jambes dont ils essaient de se débarrasser. Il sanglote, à bout de souffle. Sa peine est pratiquement palpable. Il doit justement être le premier à souffrir dans le « survival of the fittest » (la survie du plus fort) qui s´en suit.  

Ovation debout.

Nous avons encore omis quelque chose. La merveilleuse musique. Elle est prise en charge, en Live, par les sept chanteurs d´A Filetta. Le chant polyphonique de ce groupe Corse ne produit pas uniquement la chair de poule dans les églises ou dans les chapiteaux de cirque. Dans le Tanztheater de Düsseldorf, il est démontré pourquoi le célèbre compositeur de musique de film Bruno Coulais a plongé à plusieurs reprises dans les studios avec A Filetta. L´intensité du chant s´acclimate parfaitement aux images qui interpellent les émotions. Du partenariat entre Sidi  Larbi Cherkaoui et A Filetta résulte une synergie inconnue, surtout aussi parce que les chanteurs se comportent comme des pièces d´échec géantes dans cette chorégraphie imaginaire d´Apocrifu.

Inclination.

Finalement, il reste la retraite honteuse du dernier survivant, qui monte l´escalier. Arrivé en haut, il n´hésite pas une seconde et se jette dans les sons d´A Filetta agonisants et gémissants dans les profondeurs. On pourrait assassiner les autres, mais cela n´avancerait à rien, parce que l´on est déjà seul. Chacun pour soit,  nous sommes enfermés dans les cabines d´isolement de notre propre perception. Pour ce qui est de la vérité nous n´arriverons jamais à nous mettre d´accord puisque nous ne sommes que de simples mortels. 

Rideaux.

 
© Ep Meijer 2008
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Apocrifu ©Pirlouiiiiit