Compte-rendu - Brignais 2009
Un concert vertigineux !
Après Paris - l’Alhambra le jeudi 05-02-2009 qui marquait le début de mon parcours A Filetta 2009, direction Brignais près de Lyon. Changement total de décor puisque le concert a lieu dans une église, où aucune affiche n’indique l’évènement, ni sur place, ni alentour ! Mais c’est bien là !!!
Pas de micro en vue, les chants seront a capella et cela me remplit de joie : leurs voix sublimes à nu, c’est un grand bonheur ! Par contre, une feuille blanche au sol m’intrigue un peu tant je suis certaine d’écouter « Bracanà », leur dernière création CD, que je ne me lasse pas d’entendre depuis bientôt un an !
Ils entrent, commencent à chanter et là, tout de suite, je comprends que quelque chose ne va pas : ils sont bien sept mais Paul n’est pas le même ! Il est là mais ne chante pas, sa voix d’ange est muette et je comprends alors la feuille blanche : ils ont élaboré un programme particulier pour en tenir compte ! Je suis nouée, inquiète et j’écoute autant que je scrute leurs visages pour comprendre.
Mais voilà, devant moi, dans le choeur de cette église, il y a bien A Filetta, Maxime, Cecce, José, Jean, Jean-Claude, Jean-Luc et Paul et quoi qu’il arrive, ce que ce groupe nous offre est proprement prodigieux de beauté ! Tour à tour sept, quatre ou autrement, ils chantent comme des boxeurs contre l’absence vocale de Paul (présent ou pas), sous tension, pour nous donner le meilleur, et pour Paul aussi, avec, pour respirer, des extraits du recueil d’Aragon « Les Poètes » dits par Jean-Claude, issus du « Discours à la première personne » .
Se succèdent des chants de la Passion, des chants géorgiens et quelques chants qu’on n’entend pas souvent comme Violetta ou A Paghjella di l’Impiccati. C’est magnifique et moi, de toute façon, la voix de Paul, je l’entends, je sais quand elle va s’élever et me couper le souffle. Parfois, Jean-Claude et Jean-Luc prennent sa position dans un chant et c’est alors une version nouvelle qui naît, cadeau ! Ils font bloc pour surmonter le vide et c’est bouleversant !
En ces temps de violence sociale où les puissants broient les humains comme ils brisent des fruits secs à l’apéritif, je crois que si je devais donner corps à la Solidarité, ce serait leur corps fusionnel !
Parce que Paul est là, absent, Sumiglia ne terminera pas le concert mais nous aurons un sublime Lamentu di Ghjesu où Jean-Claude sera exceptionnel !
Deux rappels suivront, réclamés par un public enthousiasmé par ces hommes généreux. Jean-Claude dira alors les mots que j’attendais. Il parle du verdict du procès d’Yvan Colonna qui vient d’être rendu dans l’après-midi : perpétuité assortie de 22 ans de sûreté. Il dit, doucement, fermement, tristement que personne, ni Yvan Colonna, ni la famille Erignac, ni nous-mêmes ne pouvons considérer que la justice est passée, tant le doute plane sur sa sérénité et son impartialité. Ce verdict terrible, il nous parle aussi de nous, qui que nous soyons, Corses ou non. Ce sont des mots citoyens qui font honneur au groupe. Alors, pour définitivement nous quitter, il va chanter un bouleversant Dio vi salvi Regina, bouleversant et profondément douloureux !
Voilà, après les retrouvailles d’après concert et le bonheur de passer un très court moment avec eux, il faut repartir, heureux et malheureux comme à chaque fois, plus que les autres fois.
Françoise COULOMB
27 Mars 2009, Brignais