Dans les Médias - mai 2011 The Guardian
 












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Tristesse obsédante … Sidi Larbi Cherkaoui et Yasuyuki Shuto dans Apocrifu.

Apocrifu,
Brighton Dome
La création de 2009 de Sidi Larbi Cherkaoui , Apocrifuest totalement basée sur les mots, et sur le terrible pouvoir du langage de la contrariété à la séparation. Mais, bien que cette pièce ait une tristesse obsédante, elle ne nous laisse jamais oublier la beauté du langage.

Sur scène au côté des trois danseurs, parfois quelque peu dominant la chorégraphie, se trouve le groupe masculin Corse A Filetta. Leur superbe musique perçante est le cœur battant de la pièce. Robustes, virils, cheveux gris et chauves, ces sept hommes d´âge moyen sont comme un groupe d´amants, sous l´emprise des mots et des musiques de chaque. Avec les yeux à demi-fermés, les visages relevés, ils s´harmonisent avec tant de passion qu´il est souvent impossible de différencier une voix d´une autre. Parfois le son est si bas dans la poitrine,qu' on dirait un essaim d´abeilles : parfois c´est doux, haut et acéré comme un vent du Nord ; parfois c´est magnifiquement solennel comme la messe d´une cathédrale. 
Le répertoire du chœur Corse repose sur des influences de l´Afrique du Nord, d´Italie Médiévale et d´Europe Centrale.
Le mélange est parfait pour le thème de Cherkaoui: alors que leur musique célèbre les migrations des langages, sa chorégraphie jette, image après image, les divisions que les mots créent.

Chaque surface de l´espace est couverte par des piles de livres, livres qui apparemment ont été adorés, pour lesquels on s´est battu, on a été sanctifié ou condamné. Grâce à quelques motifs simples, Cherkaoui et ses deux danseurs libèrent leur pouvoir. Les livres sont étalés sur le sol en guise de ponts, mais ils sont le plus souvent utilisés comme armes, lancés comme des pierres, levés comme des boucliers contre des poings et des épées.

Occasionnellement, des mots sortent aussi de la bouche des danseurs, mais le Japonais de Yasuyuki Shuto n´a pas de sens pour l´Anglais parlé par Cherkaoui. Cette image de langues extra-terrestres est reprise en écho dans la chorégraphie du ballet dansé par Shuto, Dimitri Jourde est enchaîné par son pas de danse Kathak et Cherkaoui danse un inquiétant  solo virtuose de marionnette où il semble être une moderne Petrushka , son esprit enfermé dans ses jambes en bois.
Il y a des endroits dans Apocrifu où le matériel est exposé très finement - parfois conservé, lors d´un solo solitaire parfois l´un après l´autre. Pourtant il continue à vous capturer, tel est le don étonnant de Cherkaoui pour la suggestion. Soutenu par la musique d´A Filetta, avec ses siècles d´existence de son enrichi, il arrive à créer un monde où nous comprenons le langage, la religion et l´histoire comme des forces vivantes, parlant par l´intermédiaire des voix des participants, bousculant leurs corps. Pour prés de plus de 80 minutes environ, Apocrifu nous emporte dans un endroit tragique, nostalgique, où l´on lutte contre ce qui semble être plus gros que nous-même.



Bron : The Guardian - Judith Mackrell mei 2010