Dans les Médias - fevrier 2009 Corse Matin
A Filetta cherche la voie des salles de spectacle insulaires.
Le monde entier aime leurs voix. La Corse aussi, paraît-il. Pourtant, peu d'insulaires se déplacent pour les écouter. Ce dimanche, en fin d'après-midi ils n'étaient encore qu'une quarantaine à l'église San-Ghjorghju d'Algajola à applaudir A Filetta, alors que l'ensemble se produisait gracieusement au profit de l'école du village.
Particulièrement discrets sur l'île, lorsque d'autres enchaînent spectacles et tournées, les sept chanteurs font pourtant vivre la polyphonie Corse à travers le monde. Considérés comme les principaux ambassadeurs du chant traditionnel insulaire, unanimement reconnus sur leurs terres, ils n'y recueillent pourtant pas les fruits de leur labeur.
"En Corse, la plupart des organisateurs de soirées culturelles font appel à des groupes qui chantent un répertoire dit de variété" explique Jean-Claude Acquaviva.
Des formations comme Canta u Populu Corsu ou I Chjami Aghjalesi répondent ainsi plus facilement aux critères d'animation musicale.
Résultat: pour tourner aussi dans l'île, le groupe bien souvent s'autoproduit.
"Notre musique n'est pas élitiste"
La musique d'A Filetta serait-elle moins accessible ?
"Nous ne le percevons pas de cette manière. Nos compositions ne sont pas élitistes, elles n'ont pas les aspects de certaines productions contemporaines compliquées et réservées aux initiés"
souligne le leader du groupe.
En effet, avec des textes de Petru Santucci, Jean-Yves Acquaviva, Papasgiolu ou des morceaux issus du répertoire sacré, la production d'A Filetta s'ancre d'autant plus dans la tradition insulaire.
Se pose également le problème des infrastructures artistiques pouvant accueillir leurs concerts.
Si les églises subliment naturellement les voix, elles ne suffisent plus.
Comme le martèle Jean-Claude Acquaviva "tous les acteurs culturels en Corse souffrent d'un manque cruel de salles de spectacle dignes de ce nom.
Avec son répertoire polyphonique sacré et profane, A Filetta est particulièrement touché par ce problème"
A une époque où la communication tient un rôle central dans tous les domaines, le chanteur concède également que "le groupe ne communique peut-être pas assez"
Des efforts que l'ensemble vocal n'a pas besoin de fournir lorsqu'il se déplace à l'étranger où les salles affichent complet partout où il se produit.
Un paradoxe que Jean-Claude Acquaviva et les membres d'A Filetta ont appris à gérer.
"Nous ne nous sentons pas blessés, mais plutôt frustrés de ne pas pouvoir échanger avec les Corses comme nous le voudrions"
Nul n'est prophète en son pays paraît-il. Un adage usé jusqu'à la corde, mais qui colle à la peau des chanteurs d'A Filetta
"99% de nos concerts sont organisés hors de Corse"
A Filetta est omniprésent sur les scènes nationales et internationales.
"99% de nos concerts sont organisés hors de Corse" explique Jean-Claude Acquaviva. De retour d'une tournée sur le continent où les salles ont affiché complet tous les soirs, le chanteur s'étonne encore de l'accueil qui leur a été réservé:
"En Bretagne par exemple, toutes les places avaient été vendues1 15 jours avant le concert."
A Filetta est également très présent à l'étranger: L'Allemagne, la Norvège, la Suède, L'Espagne, L'Italie, L'Angleterre, Le Mexique ont déjà accueilli - à plusieurs reprises parfois- l'ensemble vocal.
Apprécié pour ses qualités polyphoniques, A Filetta a su également tisser des liens étroits.
Comme pour ce concert prévu en Nouvelle-Calédonie commémorant la mémoire de Jean-Marie Tjibaou, leader indépendantiste non violent assassiné en 1989.
"Cette invitation est un symbole très fort pour nous."
Mais bien d'autres pays attendent cette année encore leur venue, au rang desquels figurent l'Irlande, le Brésil, la Pologne et les Pays Baltes.
Source: Corse Matin - Ghjilormu Padovani - 10 fevrier 2009
